Nucléaire : pourquoi l’Allemagne s’intéresse de nouveau à une technologie que la France explore depuis longtemps

L’Allemagne, longtemps très méfiante envers l’énergie nucléaire, investit aujourd’hui davantage dans une technologie nucléaire très différente des centrales classiques : la fusion nucléaire. Le pays veut accélérer la recherche et faire émerger une filière industrielle autour de cette énergie.

La France travaille elle aussi depuis longtemps sur la fusion, notamment avec le projet international ITER installé dans le sud du pays. Mais il ne s’agit pas d’un retour allemand aux anciennes centrales nucléaires. La technologie au centre de ce nouvel intérêt est une autre façon de produire de l’énergie.

La fusion nucléaire, ce n’est pas une centrale nucléaire classique

Dans une centrale nucléaire traditionnelle, l’énergie est produite par la fission. Le principe consiste à casser des noyaux lourds, notamment ceux de l’uranium, afin de libérer de la chaleur qui permet ensuite de produire de l’électricité.

La fusion fonctionne à l’inverse. Elle cherche à réunir des noyaux légers, comme ceux de l’hydrogène, à des températures extrêmement élevées. C’est le phénomène qui fait fonctionner le Soleil et les autres étoiles.

L’objectif des chercheurs est de réussir à reproduire cette réaction sur Terre tout en contrôlant le plasma produit à des températures extrêmement élevées.

La fusion présente donc un intérêt particulier, mais elle reste extrêmement difficile à maîtriser. Une centrale capable de produire de l’électricité de façon régulière grâce à la fusion n’est pas encore disponible aujourd’hui.

Pourquoi l’Allemagne revient-elle sur cette technologie ?

L’Allemagne a arrêté ses dernières centrales nucléaires en avril 2023. Cette décision avait marqué la fin de plusieurs décennies de production d’électricité nucléaire dans le pays.

La fusion est toutefois considérée comme un domaine différent de celui des centrales nucléaires actuellement fermées. Elle est encore au stade de la recherche et du développement et ne consiste pas à remettre en service les anciens réacteurs.

Depuis quelques années, Berlin cherche à renforcer les technologies capables de fournir beaucoup d’énergie tout en réduisant les émissions liées aux combustibles fossiles. La fusion fait désormais partie des technologies considérées comme stratégiques pour l’avenir.

En 2026, le gouvernement allemand a annoncé une participation à un programme européen destiné à soutenir les technologies de fusion et les entreprises qui travaillent autour de cette filière.

La France travaille déjà sur la fusion depuis plusieurs décennies

La France occupe une place importante dans la recherche sur la fusion grâce notamment à ITER, construit à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône.

ITER est un immense projet international auquel participent notamment l’Union européenne, la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Russie. Son objectif est de montrer qu’il est possible de produire et de contrôler un plasma de fusion dans des conditions proches de celles nécessaires à une future centrale.

Il ne s’agit pas encore d’une centrale électrique destinée à alimenter les maisons. ITER est avant tout une installation expérimentale.

La France travaille également sur d’autres recherches liées à la fusion et dispose d’une importante expérience dans les domaines du nucléaire, des matériaux, des aimants et des systèmes nécessaires pour contrôler le plasma.

Deux approches différentes sont étudiées

La fusion ne repose pas sur une seule technologie. Plusieurs méthodes sont étudiées dans le monde.

L’une des principales consiste à utiliser de puissants aimants pour maintenir le plasma dans une chambre en forme d’anneau. C’est notamment le principe utilisé par les tokamaks. ITER fonctionne avec cette approche.

Une autre méthode utilise des lasers très puissants. Ils servent à comprimer une petite quantité de combustible afin de déclencher la fusion pendant un temps très court.

L’Allemagne travaille aujourd’hui sur plusieurs approches, notamment grâce à ses instituts de recherche et à de jeunes entreprises spécialisées dans la fusion.

L’Allemagne possède déjà une solide expérience scientifique

Le nouvel intérêt allemand ne part donc pas de zéro. Le pays possède depuis longtemps des équipes spécialisées dans la physique des plasmas.

L’installation Wendelstein 7-X, située à Greifswald, est l’un des projets scientifiques importants de l’Allemagne dans ce domaine. Elle utilise une technologie appelée stellarator, différente du tokamak utilisé par ITER.

Le principe reste le même : parvenir à maintenir un plasma extrêmement chaud suffisamment longtemps pour étudier les conditions nécessaires à la fusion.

Cette expérience permet à l’Allemagne de développer ses propres compétences plutôt que de simplement attendre les résultats des projets internationaux.

Des entreprises allemandes veulent maintenant passer de la recherche à l’industrie

Le changement récent est aussi lié à l’arrivée d’entreprises privées dans le secteur.

Plusieurs start-up allemandes cherchent à développer des machines capables, à terme, de produire de l’énergie grâce à la fusion. Certaines travaillent sur la fusion magnétique et d’autres sur la fusion utilisant des lasers.

Le groupe énergétique allemand RWE a notamment investi dans des entreprises travaillant sur la fusion. En 2026, il a renforcé son investissement dans Focused Energy, une société qui développe une approche basée sur les lasers. RWE a également investi dans Proxima Fusion, spécialisée dans une approche magnétique.

Cette évolution montre que la fusion n’est plus uniquement considérée comme une recherche menée dans les universités et les laboratoires publics. Des industriels commencent aussi à s’intéresser à son potentiel commercial.

La France et l’Allemagne ne suivent donc pas exactement le même chemin

La France possède une longue expérience dans le nucléaire classique et poursuit aujourd’hui le développement de nouveaux réacteurs, notamment avec le programme EPR2. Elle soutient également les petits réacteurs modulaires et les recherches sur des technologies nucléaires nouvelles.

L’Allemagne, de son côté, ne prévoit pas simplement de reconstruire son ancien parc de centrales nucléaires. Son nouvel effort porte notamment sur la fusion, qui pourrait devenir une technologie énergétique complètement différente.

FranceAllemagne
Travaille depuis longtemps sur la fusion avec ITERRenforce actuellement ses investissements dans la fusion
Participe au développement de technologies de fusion expérimentalesPossède notamment une forte expérience avec les stellarators
Développe également les EPR2 et les petits réacteursA arrêté ses dernières centrales nucléaires en 2023
Dispose d’un important secteur nucléaire historiqueCherche à développer une nouvelle filière industrielle autour de la fusion

Cette différence est importante pour comprendre le changement allemand. Il ne s’agit pas d’un retour pur et simple à l’énergie nucléaire telle qu’elle existait avant l’arrêt des centrales.

Pourquoi la fusion attire-t-elle autant les chercheurs ?

La fusion pourrait offrir plusieurs avantages si les obstacles techniques sont un jour résolus.

Le combustible utilisé pour les expériences de fusion peut être obtenu à partir d’éléments présents en grande quantité. La réaction ne repose pas sur une réaction en chaîne comme celle d’une centrale à fission classique.

La fusion pourrait aussi produire une grande quantité d’énergie avec peu d’émissions directes de gaz à effet de serre pendant la production.

Mais ces avantages restent liés à une technologie qui n’est pas encore prête pour une utilisation commerciale à grande échelle. Les scientifiques doivent encore résoudre de nombreux problèmes liés au contrôle du plasma, aux matériaux capables de supporter les conditions extrêmes et à la production continue d’électricité.

Il faut donc distinguer les progrès scientifiques réalisés ces dernières années de la construction d’une véritable centrale de fusion commerciale.

Une nouvelle compétition technologique en Europe

L’Allemagne veut désormais occuper une place importante dans cette nouvelle course technologique. Le gouvernement allemand a annoncé des moyens supplémentaires pour la recherche et le développement de la fusion, tandis que plusieurs entreprises privées cherchent à accélérer la mise au point de leurs propres machines.

La France dispose de son côté d’un avantage important grâce à ITER et à son expérience historique dans le nucléaire. Les deux pays peuvent donc se retrouver à la fois partenaires et concurrents dans certaines technologies.

Cette situation explique aussi pourquoi la coopération franco-allemande sur les technologies de fusion prend de l’importance. En 2026, les deux pays ont annoncé vouloir renforcer leur coopération dans plusieurs technologies avancées, dont la fusion nucléaire.

Une technologie prometteuse, mais encore loin des prises électriques

Il faut toutefois rester prudent. La fusion nucléaire n’est pas encore une solution disponible pour remplacer rapidement les centrales électriques actuelles.

Les chercheurs doivent encore démontrer qu’une installation peut fonctionner de manière suffisamment stable et produire de l’électricité de façon économique pendant une longue période.

L’objectif est donc de passer progressivement de l’expérience scientifique à une machine capable de produire de l’énergie dans des conditions réelles.

C’est précisément cette étape qui attire aujourd’hui les gouvernements et les entreprises. Les pays qui réussiront à maîtriser cette technologie pourraient disposer d’un savoir-faire industriel important dans les prochaines décennies.

Ce qu’il faut retenir

Le nouvel intérêt de l’Allemagne pour le nucléaire ne signifie pas que le pays veut simplement revenir aux centrales qu’il a fermées. Le mouvement actuel concerne surtout la fusion nucléaire, une technologie encore expérimentale qui cherche à reproduire sur Terre le mécanisme énergétique du Soleil.

La France travaille depuis longtemps sur cette technologie, notamment avec ITER, tandis que l’Allemagne possède ses propres compétences scientifiques et développe désormais un écosystème composé de laboratoires, d’entreprises et d’investisseurs.

La course à la fusion reste cependant très incertaine. Aucun pays ne dispose encore d’une centrale commerciale capable de fournir durablement de l’électricité grâce à cette technologie. Pour l’instant, la France et l’Allemagne cherchent surtout à prendre une place importante dans une technologie qui pourrait jouer un rôle énergétique majeur à plus long terme.

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